Vous prenez un médicament sur ordonnance, et vous ajoutez aussi un complément alimentaire parce que vous pensez que ça vous fera du bien. Peut-être que vous prenez de la vitamine D, de l’huile de poisson, ou même du millepertuis pour l’humeur. Mais avez-vous déjà demandé à votre pharmacien si ces produits peuvent entrer en conflit avec vos médicaments ? La plupart des gens ne le font pas - et c’est dangereux.
Les compléments alimentaires ne sont pas inoffensifs
Beaucoup croient que puisque les compléments alimentaires sont vendus sans ordonnance, ils sont sûrs. Ce n’est pas vrai. Le FDA ne vérifie pas la sécurité ou l’efficacité des compléments avant qu’ils ne soient mis sur le marché. Cela signifie que ce que vous achetez en bouteille peut contenir des ingrédients inconnus, des doses inexactes, ou des contaminants. Et quand vous les combinez avec vos médicaments, les risques augmentent.
Par exemple, le millepertuis - souvent pris pour la dépression - peut réduire l’efficacité de la pilule contraceptive, des anticoagulants comme la warfarine, ou même des antidépresseurs. Dans les cas les plus graves, il peut provoquer un syndrome sérotoninergique, une réaction potentiellement mortelle. Le goldenseal, un autre complément populaire, peut interférer avec les médicaments traitant le cœur, le foie ou le système immunitaire. Même les aliments courants posent problème : le pamplemousse peut rendre certains médicaments trop puissants, augmentant le risque d’effets secondaires graves.
Quels médicaments détruisent vos nutriments ?
Les médicaments ne sont pas seulement en conflit avec les compléments - ils peuvent aussi épuiser vos réserves naturelles de vitamines et minéraux. C’est une réalité souvent ignorée.
- Les inhibiteurs de la pompe à protons (comme l’oméprazole) réduisent l’absorption de la vitamine B12, du magnésium et du calcium - ce qui augmente le risque de neuropathies et d’ostéoporose.
- La metformine, utilisée pour le diabète, diminue les niveaux de B12 et d’acide folique, ce qui peut entraîner une fatigue chronique, des troubles cognitifs, ou même des lésions nerveuses.
- Les statines (pour le cholestérol) détruisent la coenzyme Q10, une substance essentielle à la production d’énergie dans les cellules musculaires. C’est pourquoi beaucoup de personnes ressentent des douleurs musculaires en prenant ces médicaments.
- Les diurétiques font perdre du potassium et du magnésium, ce qui peut provoquer des battements cardiaques irréguliers.
- Les contraceptifs oraux diminuent les vitamines B et le magnésium, ce qui peut affecter votre humeur, votre sommeil et votre énergie.
Si vous prenez l’un de ces médicaments, votre pharmacien peut vous dire si vous avez besoin de suppléments spécifiques - et lesquels éviter.
Comment préparer votre discussion avec le pharmacien
Vous ne pouvez pas discuter de ce que vous n’avez pas dit. La plupart des pharmaciens ne posent pas de questions précises - ils attendent que vous parliez. Alors soyez prêt.
Avant votre visite, faites une liste complète de :
- Tous vos médicaments sur ordonnance (nom, dose, fréquence)
- Tous vos compléments alimentaires (nom de la marque, dose, fréquence)
- Tous vos aliments ou boissons que vous consommez en grande quantité (ex. : pamplemousse, lait, café, thé vert, alcool)
- Tout symptôme inhabituel que vous ressentez (fatigue, maux d’estomac, palpitations, troubles du sommeil)
Ne dites pas : « J’ai pris des vitamines. » Dites : « Je prends de la vitamine D 2000 UI par jour, de l’huile de poisson 1000 mg deux fois par jour, et du millepertuis 300 mg le matin. » Plus vous êtes précis, plus votre pharmacien peut vous aider.
Les interactions alimentaires à ne jamais ignorer
Les interactions ne viennent pas seulement des compléments. Votre assiette peut aussi nuire à votre traitement.
- Le pamplemousse : il bloque une enzyme du foie qui décompose certains médicaments (comme les statines, les bloqueurs calciques, certains antidépresseurs). Résultat : le médicament s’accumule dans votre sang, ce qui peut provoquer une surdose. Même un seul verre peut avoir un effet pendant 72 heures.
- Les produits laitiers : le calcium dans le lait, le yaourt ou les suppléments de calcium peut empêcher l’absorption des antibiotiques comme la tétracycline ou la ciprofloxacine. Il faut attendre 2 à 4 heures entre la prise du médicament et du lait.
- Les épinards et les brocolis : riches en vitamine K, ils peuvent annuler l’effet des anticoagulants comme la warfarine. Pas besoin de les éviter - mais il faut les manger à quantité constante. Un jour 300 g, le lendemain 50 g ? Votre taux de coagulation va osciller.
- Le café : il peut augmenter l’effet de certains médicaments contre l’asthme ou les troubles du rythme cardiaque, ce qui peut provoquer des palpitations.
Ne pensez pas que « je ne mange pas beaucoup de pamplemousse, donc ça ne me concerne pas ». Une seule portion peut suffire à causer un problème. Parlez-en, même si vous pensez que c’est insignifiant.
Les compléments à risque élevé - et ceux qui sont plus sûrs
Certains compléments sont connus pour leur haut potentiel d’interaction. D’autres sont généralement plus sûrs - mais pas toujours.
| Complément | Risque d’interaction | Medicaments concernés |
|---|---|---|
| Millepertuis | Élevé | Antidépresseurs (SSRI), contraceptifs, warfarine, médicaments du cœur |
| Goldenseal | Élevé | Antibiotiques, médicaments du foie, immunosuppresseurs |
| Gingko biloba | Moyen à élevé | Warfarine, aspirine, antiplaquettaires |
| Consoude | Élevé | Tous les médicaments métabolisés par le foie |
| Valériane | Moyen | Sédatifs, alcool, anesthésiques |
| Curcuma | Moyen | Anticoagulants, médicaments pour le diabète |
| Vitamine D, Magnésium, Oméga-3 | Faible (sauf en surdose) | Peu d’interactions majeures |
Si vous prenez un complément, demandez : « Est-ce qu’il peut interférer avec mes médicaments ? » Et si vous ne savez pas, ne le prenez pas sans en parler.
Les bonnes questions à poser à votre pharmacien
Ne laissez pas la conversation se limiter à « Oui, ça va. » Posez ces questions directement :
- « Est-ce que ce complément peut réduire l’efficacité de mon médicament ? »
- « Est-ce qu’il peut augmenter les effets secondaires ? »
- « Dois-je le prendre à un moment différent de mon médicament ? »
- « Y a-t-il un aliment que je devrais éviter en même temps ? »
- « Est-ce que je dois faire un bilan sanguin pour vérifier mes niveaux de vitamines ou minéraux ? »
Un bon pharmacien ne va pas vous dire de tout arrêter. Il va vous aider à trouver un équilibre. Parfois, il vous dira de prendre un complément - mais à une dose différente, ou à un autre moment de la journée.
Les nouvelles tendances en Suisse et dans le monde
En 2025, les pharmacies en Suisse et dans le monde commencent à changer. De plus en plus de pharmacies intègrent des bases de données en ligne qui alertent automatiquement le pharmacien quand un complément entre en conflit avec un médicament. CVS et Walgreens l’ont déjà fait. En Suisse, les pharmacies communautaires suivent le même chemin.
Les écoles de pharmacie doivent maintenant former leurs étudiants aux interactions entre compléments et médicaments. Ce n’est plus un sujet optionnel - c’est une exigence. Et les patients qui demandent des conseils sur les compléments sont de plus en plus nombreux : près de 67 % des personnes de plus de 60 ans en prennent.
Le message est clair : les pharmaciens sont vos alliés - pas seulement des distributeurs de médicaments. Ils ont les outils, les connaissances, et l’accès à votre dossier. Il est temps de les en faire part.
Que faire si vous avez déjà pris un complément en même temps qu’un médicament ?
Ne paniquez pas. Mais ne continuez pas non plus comme si de rien n’était.
Si vous avez pris du millepertuis avec un antidépresseur, ou du gingko avec de la warfarine, notez :
- Quand vous avez pris les deux
- Quels symptômes vous avez eu (étourdissements, saignements, palpitations, nausées)
- Combien de temps après
Apportez cette liste à votre pharmacien dès que possible. Même si vous avez pris le complément il y a plusieurs semaines, il peut encore y avoir un risque résiduel. Votre pharmacien peut vous conseiller sur la surveillance nécessaire - ou vous orienter vers un médecin si besoin.
Ne laissez pas la peur vous empêcher de parler
Vous avez peut-être peur qu’on vous juge : « Pourquoi prenez-vous ça ? » ou « Vous devriez juste prendre votre médicament. » Mais votre santé ne se joue pas dans un jugement. Elle se joue dans une conversation honnête.
Les pharmaciens ne sont pas là pour vous dire ce que vous devez faire. Ils sont là pour vous aider à faire les bons choix - avec toutes les informations. Si vous ne leur parlez pas, vous prenez des risques sans même le savoir.
La prochaine fois que vous allez chercher votre ordonnance, prenez votre liste de compléments avec vous. Posez les questions. Ne laissez pas la sécurité de votre santé dépendre du hasard.
Est-ce que je dois arrêter mes compléments alimentaires si je prends des médicaments ?
Non, pas nécessairement. Certains compléments peuvent être sûrs, voire utiles, même en combinaison avec des médicaments. Le problème n’est pas le complément lui-même, mais l’interaction. Votre pharmacien peut vous dire si vous pouvez continuer, si vous devez changer la dose, ou si vous devez les prendre à des moments différents. Par exemple, vous pouvez toujours prendre de la vitamine D, mais il faudra peut-être la prendre le soir, et non en même temps que votre traitement contre l’ostéoporose.
Les compléments « naturels » sont-ils toujours plus sûrs que les médicaments ?
Non. « Naturel » ne signifie pas « sans risque ». Le millepertuis, la consoude ou le goldenseal sont d’origine naturelle, mais ils peuvent provoquer des réactions graves avec des médicaments. Certains médicaments sont d’ailleurs dérivés de plantes - comme la digitaline, qui vient du digitale. La sécurité dépend de la dose, de la combinaison, et de votre santé. Ce n’est pas le mot « naturel » qui compte, c’est la science.
Comment savoir si un complément est de bonne qualité ?
Recherchez les labels de vérification indépendante : USP, NSF, ou ConsumerLab. Ces labels signifient que le produit a été testé pour sa composition, sa pureté et sa dose réelle. Un complément sans label peut contenir 10 % de la dose annoncée - ou un ingrédient toxique. En Suisse, les pharmacies de confiance ne vendent que des produits avec ces certifications. Si vous achetez en ligne, vérifiez toujours.
Puis-je demander à mon pharmacien de vérifier tous mes médicaments et compléments en même temps ?
Oui, et vous devriez le faire au moins une fois par an. Beaucoup de pharmacies en Suisse proposent des « audits médicamenteux » gratuits ou peu coûteux. C’est une séance de 15 à 30 minutes où le pharmacien passe en revue tous vos produits - ordonnances, compléments, remèdes naturels - et vous dit ce qui est sûr, ce qui est risqué, et ce que vous pourriez arrêter. C’est un service sous-estimé, mais extrêmement utile.
Mon pharmacien ne m’a jamais demandé si je prenais des compléments. Dois-je lui en parler quand même ?
Absolument. La plupart des pharmaciens ne posent pas la question parce qu’ils supposent que vous ne le faites pas. Mais près de 67 % des personnes de plus de 60 ans en prennent. Si vous ne parlez pas, ils ne peuvent pas vous protéger. Dites-le simplement : « Je prends aussi de la mélatonine et du magnésium. Est-ce que ça peut poser problème avec mes médicaments ? » C’est une question simple, mais elle peut vous sauver la vie.
9 Commentaires
Beat Steiner
J’ai longtemps cru que les compléments étaient inoffensifs… jusqu’à ce que j’aie eu des palpitations après avoir pris du gingko avec mon anticoagulant. Mon pharmacien m’a sorti de cette erreur. Maintenant, je lui montre tout, même les tisanes. C’est juste bon sens.
On a tendance à sous-estimer les gens qui nous vendent des médicaments, mais ils sont nos vrais alliés.
Je recommande à tout le monde de faire un audit médicamenteux une fois par an. Gratuit. Simple. Sauveur.
Franc Werner
En France, on a tendance à voir le pharmacien comme un vendeur de cachets, pas comme un expert. Pourtant, j’ai eu une discussion incroyable avec un pharmacien à Lyon l’an dernier. Il m’a dit que mon millepertuis annulait mon contraceptif. J’ai failli tomber à la renverse.
On pense que la nature = sûr. Faux. La nature, c’est aussi le ricin et l’amanite tue-mouches. Le pharmacien, lui, il connaît les mécanismes. Écoutez-le.
Danielle Case
Je trouve choquant que des gens prennent des compléments comme des bonbons. Vous avez vu la composition de ces produits ? Pas de contrôle, pas de traçabilité. C’est une industrie du mensonge. Et les gens qui les défendent, c’est soit de l’ignorance, soit de la négligence criminelle.
Je ne comprends pas comment la loi permet encore cela. Il faudrait interdire la vente libre de tout complément qui n’a pas été validé par l’ANSM. Point.
Jean-Thibaut Spaniol
Vous savez ce qui est vraiment tragique ? C’est que les pharmaciens, eux, sont formés à ces interactions depuis des décennies. Mais les patients, eux, vivent dans une culture de l’auto-diagnostic et du TikTok santé.
Je travaille dans une pharmacie à Strasbourg. Chaque jour, quelqu’un me dit : « J’ai lu sur un forum que ça allait m’aider pour le stress. »
Je leur montre les études, les mécanismes enzymatiques, les métabolites hépatiques… et ils me regardent comme si je parlais chinois.
La vérité, c’est que la majorité des gens préfèrent croire à un influencer avec 10 000 abonnés qu’à un professionnel de santé avec 15 ans d’expérience.
Et ça, c’est une crise de civilisation. Pas juste une erreur de santé publique.
Je ne dis pas qu’il faut tout arrêter. Je dis qu’il faut savoir pourquoi on le fait. Et ça, c’est rare.
Oumou Niakate
Moi j’ai pris du curcuma avec mon diabète et j’ai eu la baisse de sucre… j’ai cru que j’allais m’évanouir. Mon pharmacien m’a dit : ‘Oumou, tu dois parler avant, pas après!’
Depuis, je note tout. Même le thé vert. Maintenant, je vais avec ma liste. C’est comme un carnet de bord pour la santé. Simple. Mais ça sauve.
Laurent REBOULLET
Je suis diabétique depuis 20 ans. J’ai pris de la metformine et j’ai cru que ma fatigue venait du vieillissement. Jusqu’à ce que mon pharmacien me dise : « Tu as une carence en B12, et ça, c’est normal avec ton traitement. »
Il m’a prescrit un supplément. J’ai repris des forces en 3 semaines.
Je dis ça à tout le monde : ne soyez pas gêné. Posez les questions. Même si vous pensez que c’est bête. Parfois, c’est les choses bêtes qui vous sauvent.
Estelle Trotter
Et puis les Suisses, ils ont tout sous contrôle, bien sûr. Mais ici en France, on est encore au Moyen Âge. On laisse des gens vendre des cachets de plantes sans aucune règle. C’est une honte. Et les pharmaciens, ils sont complices. Ils veulent vendre, pas protéger.
Si vous voulez vraiment être en sécurité, allez en Allemagne ou en Suisse. Là-bas, ils vous font des analyses avant même de vous donner un complément.
On est dans un pays de l’irresponsabilité.
Patrice Lauzeral
J’ai lu tout ça… et j’ai juste eu peur.
Je prends de la vitamine D, du magnésium, et un peu de millepertuis pour l’humeur. Je ne veux pas arrêter. Mais j’ai peur de mourir en silence.
Je n’ai pas osé en parler à mon pharmacien. Il est gentil, mais j’ai l’impression qu’il n’a pas le temps.
Je vais y aller… je vais y aller demain. J’espère que ce sera pas trop tard.
Chanel Carpenter
Je suis allée voir mon pharmacien avec ma liste. Il a souri. Il m’a dit : ‘C’est la première fois qu’une patiente vient avec tout noté.’
Il m’a dit que mon huile de poisson était bonne, que je pouvais garder la vitamine D, mais que je devais éviter le pamplemousse.
Il m’a même donné un petit papier avec les doses et les heures.
Je me suis sentie prise au sérieux. Pour la première fois depuis longtemps.
Je vais y retourner chaque année. C’est un soin. Pas une corvée.