Le kava, une plante populaire avec des risques cachés
Vous avez peut-être entendu parler du kava comme d’une alternative naturelle à l’anxiété ou à l’insomnie. Dans les îles du Pacifique, on le boit depuis des siècles pour calmer l’esprit. En Suisse, aux États-Unis ou même en ligne, des suppléments à base de kava sont vendus comme des solutions douces pour dormir mieux ou se détendre. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que ce n’est pas une simple tisane. Le kava peut endormir votre cerveau… et endommager votre foie, surtout si vous prenez déjà des médicaments sédatifs.
Comment le kava agit-il sur le corps ?
Le kava contient des composés appelés kavalactones - principalement la kavaine, le dihydrokavaine et le méthysticin. Ces molécules traversent la barrière hémato-encéphalique en moins de 15 minutes. Elles agissent sur les récepteurs du cerveau comme les benzodiazépines : elles ralentissent l’activité neuronale, réduisent l’anxiété, détendent les muscles et favorisent un sommeil profond. Les effets commencent en 30 minutes, atteignent leur pic après 90 minutes, et durent entre 2 et 6 heures. Contrairement à l’alcool, le kava ne provoque pas de dépendance physique, mais il réduit le sommeil paradoxal (REM), ce qui peut altérer la qualité du repos à long terme.
Les risques pour le foie : plus qu’un simple avertissement
En 2002, la FDA a publié un avertissement après avoir recensé plus de 25 cas d’atteinte hépatique grave dans le monde, dont certains ont nécessité une transplantation. En Suisse, au Canada, en Angleterre et dans l’Union européenne, le kava a été interdit comme produit médical. Pourquoi ? Parce que les kavalactones peuvent bloquer les enzymes du foie - notamment CYP2D6, CYP2C9 et CYP3A4 - qui décomposent les médicaments. Quand ces enzymes sont inhibées, les substances comme les benzodiazépines, les antidépresseurs ou les analgésiques s’accumulent dans le sang. Le foie, déjà en surcharge, commence à se détruire lui-même.
Des études montrent que les suppléments industriels, extraits avec de l’alcool ou de l’acétone, contiennent jusqu’à 300 mg de kavalactones par dose - trois fois plus que les préparations traditionnelles à l’eau. Ce sont ces produits concentrés qui posent le plus de risques. Un patient de 42 ans à Sacramento a développé une insuffisance hépatique aiguë après 90 jours de prise quotidienne de 300 mg de kava + 2 mg d’alprazolam. Son taux d’ALT (un marqueur de dommage hépatique) a atteint 2 840 U/L - un niveau qui dépasse 100 fois la normale. Il a fallu une hospitalisation urgente.
Les interactions avec les médicaments sédatifs : un cocktail dangereux
Si vous prenez un médicament pour dormir, pour l’anxiété ou pour la douleur, le kava peut amplifier ses effets - et pas seulement un peu. Avec les benzodiazépines comme le lorazepam ou le diazepam, les risques sont classés comme « majeurs » par WebMD. Des études montrent que le kava augmente la concentration de midazolam dans le sang de 27 %. Cela signifie que votre dose habituelle devient trop forte. Résultat ? Une sédation extrême : vous ne pouvez plus vous tenir debout, vous parlez comme dans un brouillard, vous risquez de tomber, de vous étouffer ou de faire un arrêt respiratoire.
Un cas rapporté sur Reddit décrit une personne qui, après avoir pris 0,5 mg de lorazepam avec du kava, est restée inconsciente pendant 8 heures. Elle ne se souvenait pas de ce qu’elle avait fait. Ce n’est pas un cas isolé. Sur Drugs.com, 37 % des utilisateurs ont signalé une « somnolence sévère » quand ils combinaient kava et alcool. Et l’alcool ? Il aggrave encore tout cela : les deux attaquent le foie en même temps. C’est un double coup à la fois sur le cerveau et sur le foie.
Qui est vraiment à risque ?
Les personnes les plus vulnérables sont celles qui :
- Prennent déjà des médicaments sédatifs : benzodiazépines, barbituriques, somnifères, certains antidépresseurs ou antipsychotiques
- Ont déjà un problème de foie : hépatite, stéatose, cirrhose
- Consomment du kava à haute dose : plus de 250 mg par jour
- Utilisent des produits industriels (gélules, extraits alcoolisés) plutôt que des préparations traditionnelles à l’eau
- Prennent du kava pendant plus de 4 mois sans surveillance médicale
Les cas d’atteinte hépatique ne surviennent pas du jour au lendemain. Ils se construisent lentement. La fatigue, les nausées, les urines foncées, les selles claires, la peau jaunâtre - ces signes apparaissent souvent entre 1 et 4 mois après le début de la prise. Et 78 % des patients ne mentionnent pas qu’ils prennent du kava quand ils vont chez le médecin… parce qu’ils pensent que c’est « naturel » et donc inoffensif.
Les différences entre kava traditionnel et kava industriel
Tout n’est pas égal. Dans les îles du Pacifique, le kava est préparé en mélangeant les racines broyées avec de l’eau froide. Ce procédé extrait les kavalactones sans les toxines secondaires. Les études montrent que cette méthode entraîne seulement 0,8 cas d’effets indésirables pour 100 000 servings. En revanche, les extraits industriels - souvent faits avec de l’alcool, de l’acétone ou des solvants chimiques - extraient aussi des composés toxiques. Leur taux d’effets négatifs est 9 fois plus élevé : 7,3 cas pour 100 000 servings.
De plus, certains types de kava, comme les variétés « nobles » traditionnelles, sont plus sûrs que les variétés « deux jours » ou « tudei », utilisées dans les suppléments bon marché. Ces dernières contiennent plus de flavonoïdes toxiques pour le foie. Malheureusement, la plupart des étiquettes ne précisent pas la variété utilisée. Vous achetez un produit « kava » sans savoir exactement ce que vous ingérez.
Que faire si vous prenez déjà du kava et des médicaments ?
Si vous prenez un médicament sédatif - même un léger - et que vous consommez du kava, arrêtez-le immédiatement. Ne pas attendre d’avoir des symptômes. Les médecins recommandent de faire une analyse de foie (transaminases, bilirubine, INR) dès que vous commencez à prendre du kava, surtout si vous êtes sur un traitement chronique. Si vos enzymes hépatiques dépassent 3 fois la normale, arrêtez le kava. Dans 92 % des cas, le foie se rétablit en moins de 60 jours.
Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. Ne laissez pas la peur vous empêcher de poser la question. Beaucoup de patients pensent que « puisque c’est naturel, il n’y a pas besoin de le dire ». Mais c’est une erreur. Un médecin qui ne sait pas que vous prenez du kava ne peut pas vous protéger.
Les alternatives plus sûres
Si vous cherchez un soulagement naturel pour l’anxiété ou l’insomnie, il existe des options bien plus sûres :
- La mélatonine : pour le sommeil, sans effet sur le foie
- La valériane : bien étudiée, avec peu d’interactions médicamenteuses
- La passiflore : douce, efficace pour l’anxiété légère
- La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : la première ligne recommandée pour l’anxiété, sans risque
Les médicaments prescrits comme le buspirone ou la sertraline ont un profil de sécurité bien plus clair que le kava. Et ils sont surveillés. Le kava, lui, n’est pas contrôlé. Vous ne savez pas ce que contient votre gélule. Vous ne savez pas si elle a été testée. Vous ne savez pas si elle a été fabriquée dans un laboratoire propre.
Le futur du kava : régulation ou disparition ?
En 2024, la Californie a exigé des avertissements obligatoires sur les produits à base de kava. La Nouvelle-York a proposé une loi pour interdire les ventes sans étiquetage clair sur les risques hépatiques. L’industrie du kava, elle, pèse 117 millions de dollars par an aux États-Unis - et elle résiste. Mais les médecins, eux, reculent. Seuls 3 % des psychiatres certifiés recommandent encore le kava. Les naturopathes, eux, le proposent encore à 41 %.
La recherche avance. L’Institut national de la santé vient de financer 2,4 millions de dollars pour étudier si les variétés traditionnelles de kava sont vraiment moins toxiques. Les premiers résultats pourraient changer la donne. Mais pour l’instant, la règle est simple : si vous prenez un médicament qui vous endort, évitez le kava. Pas de compromis. Pas de « juste un peu ». Pas de « je ne suis pas comme les autres ».
Les signes d’alerte à ne jamais ignorer
Si vous avez pris du kava et que vous ressentez :
- Une fatigue intense qui ne passe pas
- Des nausées ou des vomissements répétés
- Une urine foncée comme de la bière
- Une peau ou des yeux jaunes
- Une douleur sous les côtes à droite
Allez directement aux urgences. Faites un test de foie. Ne perdez pas de temps. Une atteinte hépatique causée par le kava peut être réversible… si elle est détectée à temps. Sinon, elle peut être mortelle.
Le kava est-il dangereux même si je ne prends pas de médicaments ?
Oui. Même sans médicaments, le kava peut endommager le foie, surtout si vous le prenez à haute dose (plus de 250 mg/jour) ou pendant plus de 4 mois. Les cas isolés d’insuffisance hépatique ont été rapportés chez des personnes qui ne prenaient aucun autre produit. La sécurité n’est pas garantie, même sans interaction.
Le kava en infusion (à l’eau) est-il plus sûr que les gélules ?
Oui, selon les données de l’OMS. Les préparations traditionnelles à l’eau contiennent moins de composés toxiques que les extraits industriels. Les cas d’atteinte hépatique sont 9 fois moins fréquents avec l’infusion. Mais même cette forme n’est pas entièrement sans risque, surtout si elle est consommée quotidiennement à long terme.
Puis-je prendre du kava si j’ai déjà eu un problème de foie ?
Non. Les autorités sanitaires, y compris le CDC et l’EFSA, recommandent une interdiction totale du kava pour toute personne ayant eu une hépatite, une stéatose hépatique ou une cirrhose. Le foie n’a pas besoin de plus de stress. Le risque de dégradation est trop élevé.
Combien de temps faut-il attendre après avoir pris du kava avant de prendre un médicament sédatif ?
Il n’y a pas de délai sécurisé. Les kavalactones peuvent rester actives dans le foie pendant plusieurs jours, surtout avec une consommation régulière. Même si vous avez arrêté le kava il y a 48 heures, les enzymes hépatiques peuvent encore être inhibées. La seule solution sûre est d’éviter complètement la combinaison.
Le kava est-il interdit en Suisse ?
Oui, depuis 2002, le kava est interdit comme produit médical en Suisse. Cependant, il est toujours disponible en ligne ou dans certaines boutiques de compléments alimentaires, où il est vendu comme « supplément nutritionnel ». Cette boucle juridique permet sa vente, mais pas son usage médical. Les autorités suisses continuent d’avertir contre son utilisation, surtout avec d’autres médicaments.
1 Commentaires
ebony rose
J’ai pris du kava pendant 3 mois avec du lorazepam… j’ai failli mourir. Mon foie a lâché comme un vieux sac. Les urgences, les analyses, les nuits blanches. Personne ne me croyait quand j’ai dit que c’était le kava. Maintenant, je parle partout. C’est pas une tisane, c’est une bombe à retardement.