Imaginez un test qui peut vous dire, avant même que vous n’ayez un seul symptôme, si vos artères cardiaques sont en train de se boucher. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est le score de calcification coronaire, un examen simple, rapide et sans douleur qui révèle la quantité de plaque calcifiée dans vos artères coronaires. Et cette plaque, c’est le signe invisible d’une maladie cardiaque en cours de développement.
Qu’est-ce que le score de calcification coronaire ?
Cet examen, aussi appelé CT pour le score de calcification, utilise une tomodensitométrie (CT) pour capturer des images détaillées des artères qui alimentent votre cœur. Contrairement à d’autres examens cardiaques, il ne nécessite pas d’injection de produit de contraste, ni d’effort physique. Vous vous allongez simplement sur une table, des électrodes sont posées sur votre poitrine pour suivre votre rythme cardiaque, et vous retenez votre respiration pendant 10 à 15 secondes. Le scanner fait le reste.
Le résultat ? Un nombre : votre score de calcification. Ce nombre ne mesure pas le blocage des artères, mais la présence de calcium dans les plaques d’athérosclérose. Pourquoi le calcium ? Parce que quand la plaque s’accumule dans les parois des artères, elle finit par se calcifier - comme une rouille sur un tuyau. Plus il y a de calcium, plus il y a eu de plaque sur une longue période. Un score de zéro signifie qu’aucun calcium n’a été détecté. Un score au-dessus de zéro, même minime, indique déjà la présence de maladie coronarienne.
Comment est calculé le score ?
Le système utilisé pour mesurer cette calcification s’appelle le score d’Agatston, du nom du radiologue qui l’a développé en 1990. Il ne se contente pas de compter les taches de calcium. Il les pondère selon leur densité. Une zone très dense (plus blanche sur l’image) reçoit un facteur de 3 ou 4, tandis qu’une zone plus légère reçoit 1 ou 2. En multipliant la surface de chaque dépôt par sa densité, le logiciel calcule un total précis.
Ensuite, ce score est comparé à une base de données de milliers de personnes de votre âge, sexe et origine ethnique. C’est ce qu’on appelle le percentile MESA. Si vous avez un score de 150 à 52 ans, ce n’est pas la même chose selon que vous êtes dans le 25e ou le 90e percentile. Un score entre 1 et 10 est considéré comme minimal, entre 11 et 100 comme léger, entre 101 et 400 comme modéré, et au-delà de 400 comme élevé. Un score supérieur à 400 multiplie par 5 le risque de crise cardiaque dans les 10 prochaines années.
À qui est-il destiné ?
Ce test n’est pas pour tout le monde. Il est surtout utile pour les personnes à risque intermédiaire - c’est-à-dire celles qui n’ont pas de maladie cardiaque confirmée, mais qui présentent des facteurs comme un cholestérol élevé, une pression artérielle élevée, un antécédent familial, le tabagisme, ou le diabète. Les calculs de risque traditionnels, comme ceux basés sur les équations de cohorte, se trompent dans 20 à 30 % des cas. Ils classent certaines personnes comme « à faible risque » alors qu’elles ont en réalité beaucoup de plaque.
Le score de calcification révèle cette vérité cachée. Une étude publiée dans Circulation en 2020 a montré que ce test réclassify 40 à 50 % des patients à risque intermédiaire. Pour certains, cela signifie qu’ils ont besoin de statines, même si leur cholestérol n’est pas très élevé. Pour d’autres, cela signifie qu’ils peuvent éviter un traitement inutile.
Qu’est-ce qu’il ne voit pas ?
Le score de calcification ne détecte que la plaque calcifiée. Or, environ 20 à 30 % de la plaque totale est encore molle, non calcifiée - et c’est souvent celle-là qui se rompt et provoque une crise cardiaque. C’est une limite importante. Ce test ne remplace pas l’angiographie par CT (CCTA), qui visualise toutes les plaques, mais elle expose à une dose de radiation plus élevée et nécessite un produit de contraste.
Il ne faut pas non plus l’utiliser chez les personnes avec une maladie rénale chronique. Dans ce cas, le calcium s’accumule dans les vaisseaux pour des raisons liées à la fonction rénale, pas à l’athérosclérose. Le score serait alors trompeur.
Les avis des experts
Les grandes sociétés médicales soutiennent ce test dans des cas précis. L’American College of Cardiology et l’American Heart Association l’ont classé en catégorie I (recommandation forte) pour les patients à risque intermédiaire ou borderline. Le Dr Khurram Nasir, spécialiste de la prévention cardiaque à Houston, a montré que le score permettait de prescrire des statines à 35 % des patients qui, sans ce test, n’en auraient jamais reçu.
Mais tout le monde n’est pas d’accord. Le Dr Stanley Shaw, de Harvard, met en garde contre un dépistage trop large. « Un score élevé peut angoisser inutilement, ou déclencher des examens inutiles », dit-il. En effet, 12 % des scanners révèlent des anomalies non cardiaques - une tumeur du poumon, une anomalie rénale - qui nécessitent des examens supplémentaires, parfois coûteux et stressants.
Et les patients ?
Sur les forums de patients, les réactions sont claires. Sur HealthUnlocked, 78 % des personnes ayant passé l’examen ont jugé l’expérience positive. La plupart apprécient la rapidité - en moyenne, 4 minutes et 22 secondes - et le fait qu’il n’y ait aucune douleur. Sur Reddit, 68 % disent que leur score les a motivés à changer leur mode de vie. Un homme de 52 ans, avec un score de 142, a écrit : « J’ai arrêté de fumer et j’ai commencé les statines, même si mon médecin me le demandait depuis des années. Ce chiffre m’a fait peur… et ça a marché. »
Les réactions négatives concernent surtout l’assurance. En 2023, 41 % des patients avec une couverture privée ont dû payer entre 100 et 300 dollars de leur poche. En Suisse, les mutuelles couvrent rarement cet examen en l’absence de symptômes, sauf si un cardiologue le justifie clairement.
Comment se préparer ?
La préparation est simple : évitez la caféine et le tabac pendant 4 heures avant l’examen. Le café augmente votre rythme cardiaque, ce qui peut flouter les images. Pas besoin de jeûne, pas besoin de médicaments spéciaux. Vous arrivez, vous vous allongez, vous respirez un peu, et c’est fini.
Les résultats arrivent généralement en 24 à 48 heures. Un radiologue les analyse avec un logiciel validé, puis envoie un rapport à votre médecin. Il ne s’agit pas d’un diagnostic, mais d’un outil de prise de décision. Votre médecin va combiner ce score avec votre tension, votre cholestérol, votre poids, votre historique familial, et votre mode de vie.
Les nouvelles tendances
En 2023, la Société de tomodensitométrie cardiovasculaire a élargi les indications : le test est maintenant recommandé pour les adultes de 40 à 75 ans avec un LDL supérieur à 160 mg/dL, même sans autre facteur de risque. L’Association européenne de cardiologie préventive l’a même proposé comme test de première ligne pour ceux ayant un antécédent familial de maladie cardiaque précoce.
Les progrès technologiques aident aussi. Des algorithmes d’intelligence artificielle permettent désormais de réduire la dose de radiation de 40 % sans perdre en qualité. Une étude menée en 2023 sur plusieurs centres a montré que ces nouvelles versions étaient aussi précises que les anciennes, mais plus sûres.
Le coût et l’accès
En 2022, plus de 2,1 millions de ces scanners ont été réalisés aux États-Unis - une hausse de 17 % par rapport à l’année précédente. En Suisse, ils sont moins courants, mais leur utilisation augmente lentement. Les hôpitaux et les centres d’imagerie privés sont les principaux fournisseurs. Le coût d’un appareil de CT cardiaque dépasse 500 000 francs suisses, et les contrats de maintenance annuels peuvent atteindre 80 000 francs. Ce n’est pas un examen bon marché, mais son impact sur la prévention peut être colossal.
Malgré tout, seulement 15 % des patients éligibles en bénéficient, selon un rapport de l’American Heart Association en 2023. La raison ? Le manque de sensibilisation des médecins généralistes, et les obstacles financiers. Mais les cardiologues sont de plus en plus nombreux à demander une couverture étendue. En 2023, 87 % d’entre eux ont déclaré qu’ils recommanderaient ce test à tous les patients à risque intermédiaire… si l’assurance le couvrait.
Que faire après votre score ?
Si votre score est de zéro : continuez vos habitudes saines. Vous êtes dans le groupe à très faible risque.
Si votre score est entre 1 et 100 : vous avez une plaque, mais pas encore une maladie avancée. C’est le moment idéal pour agir : arrêtez de fumer, améliorez votre alimentation, bougez plus. Un changement de mode de vie peut ralentir ou même arrêter la progression.
Si votre score est au-delà de 100 : votre médecin vous proposera probablement une statine, même si votre cholestérol est normal. Le risque est réel. Les études montrent que les patients avec un score élevé bénéficient davantage des statines que ceux avec un score faible.
Le score de calcification coronaire n’est pas une fin en soi. C’est un miroir. Il vous montre ce que votre cœur a vécu jusqu’à maintenant. Ce que vous en faites ensuite, c’est votre choix. Et c’est là que la prévention prend tout son sens.
Le score de calcification coronaire est-il douloureux ?
Non, l’examen est totalement indolore. Vous vous allongez sur une table, des électrodes sont posées sur votre poitrine pour suivre votre rythme cardiaque, et vous retenez votre respiration pendant 10 à 15 secondes. Il n’y a pas d’aiguille, pas d’injection, pas de bruit fort. C’est comme un scanner des poumons, mais plus court.
Combien de temps dure l’examen ?
L’examen lui-même prend entre 5 et 10 minutes au total, dont seulement 10 à 15 secondes de scanner réel. Le reste du temps est consacré à vous préparer, à placer les électrodes et à vous expliquer les étapes. C’est l’un des examens cardiaques les plus rapides qui existent.
Le score de calcification peut-il être faux ?
Il est très précis pour détecter le calcium - avec une sensibilité de 95 %. Mais il ne voit pas la plaque non calcifiée, qui peut aussi être dangereuse. Il peut aussi être élevé chez les personnes atteintes de maladie rénale chronique, où le calcium s’accumule pour d’autres raisons. Ce n’est pas un diagnostic de crise cardiaque imminente, mais un indicateur de risque à long terme.
Dois-je faire cet examen si je n’ai aucun symptôme ?
Oui, si vous êtes entre 40 et 75 ans et que vous avez des facteurs de risque : cholestérol élevé, tabagisme, antécédents familiaux, hypertension ou diabète. Ce test est conçu pour les personnes asymptomatiques. Il s’agit de détecter la maladie avant qu’elle ne cause un accident. Si vous n’avez aucun facteur de risque et que vous êtes en bonne santé, il n’est généralement pas nécessaire.
Est-ce que la mutuelle le couvre en Suisse ?
En Suisse, la couverture dépend de votre assurance complémentaire. La caisse de base ne le couvre pas en l’absence de symptômes. Certaines mutuelles privées le prennent en charge si un médecin justifie l’examen pour un risque intermédiaire. Il est recommandé de demander une pré-approbation avant de passer l’examen pour éviter les frais inattendus.
Que signifie un score de 142 ?
Un score de 142 signifie que vous avez une plaque modérée dans vos artères coronaires. C’est au-dessus de la moyenne pour votre âge et votre sexe. Ce score place généralement les patients dans le 75e percentile ou plus, ce qui correspond à un risque accru de crise cardiaque. Cela ne veut pas dire que vous avez une obstruction, mais que la maladie est présente et qu’il est temps d’agir - avec des statines, un régime, et plus d’exercice.
5 Commentaires
Lisa Lou
Omg ce test c’est une révolution 😍 j’ai passé le mien à 48 ans et j’avais 87… j’ai arrêté le sucre et je marche 1h par jour maintenant. Mon cœur me remercie 🙏
James Venvell
Ah oui bien sûr, parce que mettre un chiffre sur sa mort future, c’est vraiment rassurant. Moi j’préfère vivre en ignorant tout, merci bien. 🙄
karine groulx
Il convient de souligner que la calcification coronaire, bien qu’indiquant une accumulation de plaque athérosclérotique, ne constitue pas un indicateur direct de la vulnérabilité plaquettaire. La littérature récente, notamment l’étude MESA de 2020, démontre une corrélation non linéaire entre le score d’Agatston et les événements cardiovasculaires majeurs. Une interprétation réductrice est donc à proscrire.
Clément DECORDE
Le truc cool avec ce score, c’est qu’il te donne une raison concrète de changer. J’ai eu 210 à 51 ans, mon médecin disait 'ton cholestérol est ok', mais ce chiffre m’a fait peur. J’ai perdu 12 kg, plus de viande rouge, et je fais du vélo. Aujourd’hui, mon score est à 95. C’est possible !
Philippe Labat
En France, on a encore du mal à accepter que la prévention soit aussi scientifique. Chez nous, on attend d’être à l’hôpital pour faire quelque chose. Ce test, c’est comme un GPS de santé : il te dit où tu es, pas où tu vas. Et ça, c’est puissant.